Genève, le 31 janvier 2019

 

Un rapport mandaté par Greenpeace Suisse montre quelles quantités d’émissions de gaz à effet de serre relèvent de la responsabilité de Credit Suisse et UBS entre 2015 et 2017. En finançant des entreprises actives dans le domaine particulièrement sale des combustibles fossiles qualifiés d’extrêmes, ces deux banques sont responsables de l’émission de 182.9 millions de tonnes de gaz à effet de serre. Rien qu’en 2017, Credit Suisse et UBS ont financé 93.9 millions de tonnes d’émissions d’équivalent CO2 – soit le double de ce que la Suisse émet en une année. La majeure partie de ces émissions est à mettre sur le compte de Credit Suisse.

 

Credit Suisse et UBS restent fortement impliquées dans des affaires avec des entreprises actives dans les combustibles fossiles. Comme le montre un rapport mandaté par Greenpeace Suisse l’année passée déjà, entre 2015 et 2017, les deux grandes banques ont mis à disposition USD 12.3 milliards pour 47 entreprises exploitant des combustibles fossiles particulièrement sales au point d’être qualifiés d’extrêmes [1]. En font partie le charbon, le pétrole extrait de sables bitumineux, de l’Arctique et des fonds marins profonds, ainsi que le gaz naturel liquide (LNG) [2].

Greenpeace Suisse a demandé à ISS-Ethix à Zurich de calculer les émissions résultant de ces financements et à l’entreprise right.based on science de Francfort de les évaluer. Le rapport montre qu’en 2015, 2016 et 2017, les deux grandes banques ont financé l’émission de 182.9 millions de tonnes de gaz à effet de serre au moyen de USD 12.3 milliards. Credit Suisse est responsable de plus de deux tiers de ces émissions. Entre 2015 et 2017, elle a triplé les émissions qu’elle finance – surtout en soutenant en particulier le charbon. Chez UBS, on constate un recul régulier des émissions financées.

 

Durant la période étudiée, 2017 a été particulièrement nocive pour le climat. Deux ans après l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat, les deux grandes banques ont financé l’émission de 93.9 millions de tonnes de gaz à effet de serre à travers les 47 entreprises étudiées. C’est environ le double des émissions de la Suisse en une année [3]. Avec 82.6 millions de tonnes, c’est Credit Suisse qui a le plus participé à ces affaires nuisibles pour le climat.

Il faut tenir compte du fait qu’entre 2015 et 2017, l’empreinte écologique des deux banques devait être bien plus élevée que montré dans le présent rapport. Ce dernier tient en effet uniquement compte des effets sur le climat du financement de 47 entreprises actives dans le domaine des énergies fossiles extrêmes. Il faut donc tenir compte d’importantes émissions financées par des montants qui n’apparaissent pas.

Onze des entreprises financées par Credit Suisse et UBS sont connues pour être active dans le lobby climatosceptique dont le but est d’empêcher ou entraver des législations de protection du climat. On y trouve entre autres : Duke Energy, BP, American Electric Power et RWE.

 

Risques pour les entreprises et les banques

Par leurs financements, les banques ne nuisent pas seulement au climat, elles prennent elles-mêmes des risques élevés. Pour le rapport, on a analysé dans quelle mesure 34 des 47 entreprises sont soumises à des risques physiques liés au climat – p. ex. ces événements météorologiques extrêmes comme de fortes précipitations, des tempêtes et des vagues de chaleur – et à quelle échéance ces risques peuvent survenir. On constate entre autres que par rapport à UBS, Credit Suisse met clairement plus de moyens à dispositions d’entreprises soumises à des risques climatiques élevés à court terme (délai de trois ans). « Lorsque les risques climatiques deviennent réalité – d’un point de vue physique ou réglementaire – les banques risquent de perdre une bonne partie de leurs investissements. C’est la raison pour laquelle de plus en plus d’investisseurs et de banques considèrent que le changement climatique est un risque financier et pas seulement un risque pour leur réputation, » explique Katya Nikitenko, spécialiste finances chez Greenpeace Suisse.

Katya Nikitenko ajoute : « Le présent rapport montre une fois de plus que Credit Suisse et UBS attisent le changement climatique. Alors qu’elles pourraient jouer un rôle actif et de pointe dans la transition vers une économie pauvre en carbone. »

Greenpeace appelle les deux grandes banques à montrer au public de façon convaincante comment elles entendent accorder leurs flux financiers avec les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. Il faut en outre une sortie immédiate du financement des entreprises qui font des affaires avec le charbon et les sables bitumineux.

 

Pour plus d’informations, veuillez contacter

Rapport en anglais: https://fr.greenpeace.ch/wp-content/uploads/2016/06/20181217_Report_right._excl._legal.pdf

Rapport en allemand:
https://fr.greenpeace.ch/wp-content/uploads/2016/06/20190109_Report_right._German_excl._legal.pdf

Factsheet (Annexe au rapport de Greenpeace)

 

Contacts

Katya Nikitenko, spécialiste finances chez Greenpeace Suisse, +41 79 937 63 83, katya.nikitenko@greenpeace.org (en anglais)

 

Contact médias

Stéphane Canetta
Porte-parole Greenpeace Suisse romande (ad interim)
+41 79 368 07 22
stephane.canetta@greenpeace.org

 

Notes :

[1] «Les banques suisses à la fin de l’ère des énergies fossiles»,

https://fr.greenpeace.ch/wp-content/uploads/2016/06/Greenpeace-Fossil-Fuel-Age-French-Screen-1.pdf

Le rapport se base sur «Banking on Climate Change: Fossil Fuel Finance Report Card 2018» du Rainforest Action Network, BankTrack, Indigenous Environmental Network, Oil Change International, Sierra Club et Honor The Earth – soutenu par plus de 50 organisations sur toute la planète dont Greenpeace USA. https://www.ran.org/bankingonclimatechange2018

[2] Les combustibles fossiles extrêmes sont des hydrocarbures non conventionnels comme les pétroles extrêmes (sables bitumineux, le pétrole extrait dans l’Arctique et dans les fonds marins, le gaz naturel liquéfié (GNL), l’extraction de charbon et les centrales au charbon. Ce choix de combustibles fossiles se base sur les rapports de la Carbon Tracker Initiative qui identifie les projets pétroliers et gaziers avec les risques financiers les plus élevés lorsqu’il s’agit de limiter le réchauffement climatique à nettement moins de 2°C. Tout le secteur du charbon est impliqué du fait de son incompatibilité avec la stabilité climatique et ses graves effets sur l’environnement, la santé et les droits de la personne.

[3] D’après l’Inventaire des émissions de gaz à effet de serre, la Suisse a émis 48.3 millions de tonnes de gaz à effet de serre en 2016. https://www.bafu.admin.ch/bafu/fr/home/themes/climat/donnees-indicateurs-cartes/donnees/inventaire-des-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre.html